10 décembre 2009

« Il faut donner du relief à l'interprète et à l'histoire »

> Christian Gasc, costumier, est venu parler de son métier aux Rencontres Cinématographiques de Cannes

Chaussures vertes, pull violet, longue chevelure blanche, Christian Gasc ne passe pas inaperçu. Quoi de plus normal pour cet homme qui consacre sa vie à la création de costumes. Trois fois récompensé par l'académie des Césars, Christian Gasc aime partager son expérience. Rencontre avec un bavard passionné.

Comment préparez-vous un film ?
Je commence toujours par lire le scénario. Ensuite, je réfléchis à des premières idées qui
pourraient apporter quelque chose à l'histoire. Je les présente à la production et aux interprètes, toujours avec un dessin. Le dessin explique le sens que l'on veut donner au personnage. Pour que la réalisation et les interprètes puissent mettre l'habit en valeur, il faut leur apporter un travail extrêmement réfléchi, qui donne du relief à l'interprète et à l'histoire. Tout est question d'échanges.

D'où vient votre inspiration ?
La peinture m'aide beaucoup. Sans pour autant les recopier, certaines œuvres s'inscrivent dans ma mémoire : ça peut être une couleur, une forme... Je m'en rappelle quelque temps après, parfois même quelques années plus tard, et cela me donne d'un seul coup une idée qui peut être le point de
départ pour un costume. Le cinéma m'aide aussi beaucoup. Par exemple pour Madame
Butterfly
, les films de Mizoguchi, dont je suis fou, m'ont inspiré. Si vous êtes sensé parler du Japon, il est normal d'avoir des références. Sans recopier totalement, bien sûr.

Donc plus vous amassez de connaissances avec le temps, meilleur vous êtes ?

Ah, je ne sais pas si je suis meilleur ! En tout cas c'est le souhait que j'ai du fond de
mon cœur.

Vous créez des costumes pour le théâtre, l'opéra et le cinéma. Travaillez-vous différemment pour l'un ou l'autre ?
Absolument pas. C'est l'œuvre qui compte avec le sujet, la mise en scène et les interprètes. Il faut que les artistes soient mis en valeur comme s'ils étaient filmés. Il faut que le moindre détail de décoration ou de coupe puisse aider l'interprète à attraper le personnage, à mieux le comprendre. Tout doit être parfait !

Quel est le type de costumes sur lequel vous préférez travailler ?
Costumes d'époque, orientaux, contemporains... je ne fais pas de différence. Cela dépend du sujet. il y a des films contemporains tout à fait intéressants. Je me souviens de Mon Homme de Bertrand Blier, un travail passionnant. Cela dépend du sujet et de l'écoute du réalisateur.

Vous avez collaboré avec de nombreux réalisateurs au cours de votre carrière. Y-en a t-il un qui vous a particulièrement marqué ?
Un, non. Plusieurs, oui. André Téchiné à son époque baroque, Benoît Jacquot, Patrice Leconte, Frederic Mitterrand, mais aussi Bertrand Blier. Parce qu'il y avait cet échange, cette écoute, cette amitié qui est née entre eux et moi. Ce désir d'avancer, de partager, de faire du bon cinéma. Quand l'estime que les cinéastes me portent est aussi grande que celle que je leur porte, c'est un bonheur de travailler sur un film intelligent et abouti.

Vous avez été récompensé par trois Césars, en 1996, 1997 et 1998: qu'est-ce que cela représente
pour vous ?

Et un Molière! Avoir obtenu trois césars consécutifs -ce qui est plutôt amusant- me rend fier. Mais c'est surtout que ce soit pour ces films là qui me rend fier. J'aurais aimé en avoir un aussi pour Tosca, la Veuve de Saint-Pierre de Patrice Leconte, et Sade de Benoît Jacquot. Ça en ferait trois de plus (rire) !

Y-a-t-il des films pour lesquels vous n'avez pas travaillé où vous admirez les costumes ?
Particulièrement les films de Visconti, de Bolognini, du décorateur Piero Tosi. Pardonnez moi, je pourrais vous citer tous les italiens que j'aime. Plus tard, admiratif de Piero Tosi, j'ai voulu travailler dans les mêmes ateliers que lui. A l'époque, je ne parlais pas un mot d'italien. Depuis, j'ai appris.

Enfin, la question est de rigueur pour ces Rencontres, dont le thème est la cuisine et le cinéma, quel est votre plat préféré ?
J'adore les macaronis au gratin, encore l'Italie! J'aime aussi beaucoup le poulet au citron et au gingembre, un plat plutôt oriental. Il y a beaucoup de plats que j'aime mais la cuisine ne m'a encore jamais inspiré dans mon travail. Je devrais y penser.

Propos recueillis par C.Coeuillas et M. Royer

Posté par ManonRoyer à 15:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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