04 janvier 2010

« Et tout ça pour sauver le permis de monsieur Chaube ! »

« Et tout ça pour sauver le permis de monsieur Chaube ! »

Une affaire, quatre prévenus. Autant d'avocats et de plaidoyers. Au tribunal correctionnel de Nice, une simple histoire de P.V. sauté tourne au vinaigre.

Vendredi 11 décembre 2009, vers 9h45, au tribunal correctionnel de Nice, ce n'est pas un mais quatre prévenus qui sont appelés à la barre.

Le Président de la cour rappelle les faits. Le quatuor s'expriment de manière confuse.

Une affaire à plusieurs étages

O. Chaube est chauffeur de taxi. L'homme de 34 ans semble avoir un problème avec le code de la route. L'an dernier, il grille un feu rouge de trop: il écope d'une amende de 90 euros et de quatre points en moins sur son permis de conduire. Résultats il n'en n'aura plus qu'un seul. Chaube paye son amende mais s'inquiète pour son permis, sans lui, impossible de travailler. « J'avais besoin d'aide, j'ai demander à mon amie Sabrina si son compagnon, policier, ne pourrait pas faire quelque chose pour moi. Il a accepté. Je lui ai dit qu'il viendrait boire un coup à la maison. »

G. Daros intervient à ce niveau de l'affaire. Dans son costume gris, le jeune agent de sécurité de la voie publique tente de s'expliquer: « Au début, je lui ai dit que c'était impossible. Mais il a insisté. Il devait se rendre au baptême de son enfant. Je lui ai répondu que j'allais voir ce que je pouvais faire. »

Le troisième acteur de l'affaire est J. Martinez. Chef de police au moment des faits, c'est à lui que Daros s'adresse pour aider l'ami de sa femme. Lui aussi a refusé dans un premier temps. Daros a insisté. Alors Martinez récupère le timbre fiscal payé par Chaube et se tourne alors vers J-L. Araldi, le quatrième maillon de la chaîne.

Araldi est adjoint responsable de la régie chargée du suivi des procès verbaux. Après hésitation, il va se « laisser gagner par les sentiments », et fera volontairement une mauvaise saisie sur son ordinateur.

Monsieur Chaube a payé son amende. Aucun point ne lui sera retiré. Tout est en règle.

Mais la machine s'emballe. Une enquête administrative est ouverte. Les quatre hommes doivent s'expliquer devant la justice.

Un réquisitoire « juste »

Après une demie heure d'audience, le procureur débute son réquisitoire. Dans cette affaire, le représentant du ministère publique tient à rappeler l'absence de corruption et la qualité des fonctionnaires impliqués. Néanmoins, tous les hommes doivent être égaux devant la loi. Ce traitement de faveur lui est inacceptable. « Ces hommes doivent être justement punis. »

Monsieur Chaube compare pour usage de faux, Daros pour complicité d'usage de faux, Martinez pour complicité de faux et Araldi pour faux. Le procureur Caracotch requiert l'annulation du permis de conduire d'O. Chaube et l'interdiction de le repasser pendant six mois. Quant aux fonctionnaires, il demande une peine de 1500 euros d'amende pour chacun d'entre eux.

Différentes techniques de plaidoyer

Les avocats des quatre hommes entrent alors en scène. A commencer par Maître Borghini, l'avocat de Daros. Dans un plaidoyer théâtrale -le public et la greffière esquissent un sourire- l'avocat demande la relax de son client. « Dans cette affaire, mon client a avoué la vérité toute crue et toute nue. Il a simplement posé une question. »

Après quelques citations de Jules Renard, c'est au tour de l'avocate de Mr Martinez de s'exprimer. La petite brune à lunettes use d'une autre technique pour défendre son client. Après les tirades enflammées, place à la dénonciation.

Maître Valérie Bothi va démontrer à la cour que l'égalité entre les hommes est une utopie. « On ne vit pas au pays de Oui-Oui monsieur le Président. » Son client a été sensibilisé par l'histoire « du pauvre petit chauffeur de taxi. » Suite aux conclusions de l'enquête administrative, après 12 ans passé comme chef de police, il est redevenu « un simple soldat ». Elle demande sa relaxe.

Maître Blumenkranz s'approche de la barre. Il est l'avocat d'Araldi et possède des notes élogieuses rédigées par la hiérarchie de son client, lui aussi demande sa relaxe. J-L. Araldi a été assez puni. Il a changé de poste, a désormais moins de responsabilité et exécute les ordres de son chef.

Enfin, l'avocat du chauffeur de taxi prend la parole. « Ces trois hommes sont coupables d'humanité ! » s'exclame-t-il en désignant les trois fonctionnaires. Il renchérit: «Je ne peux comprendre la requête du procureur. Sans son permis de conduire, mon client est voué à la mort professionnelle ! » Sur ce, l'homme à la voix rauque se lève et apporte le dossier au président. Il se targue d'avoir joint à ce dernier le double du timbre fiscal payé par Chaube.

Légalement pas de faux car l'inscription feu rouge est précisée. Le procureur éructe: « je n'en n'ai pas eu connaissance. »

L'ambiance est tendue. Après une heure et demie, les prévenus sont rappelés à la barre. Ils connaitront le délibéré du tribunal le 15 janvier prochain. Avant de clore l'audience, le Président du tribunal laisse échapper un « Et tout ça pour sauver le permis de monsieur Chaube ! »

Posté par ManonRoyer à 16:28 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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